Le pigeon : bien plus qu’un “rat volant”
pigeon mondain
Le pigeon traîne une réputation assez injuste. Dans les villes, on l’appelle souvent « rat volant », et pour beaucoup de gens, c’est devenu un animal sale qu’on ne mangerait jamais. Pourtant, cette image vient surtout des pigeons urbains qui vivent dans les grandes villes, au milieu du béton, de la pollution et des restes de nourriture humaine.
pigeon Carneau
Mais il ne faut pas tout mélanger.
Le pigeon d’élevage, celui qu’on trouve à la campagne dans les pigeonniers, est un animal complètement différent. Depuis des siècles, il fait partie de l’agriculture traditionnelle. Autrefois, presque chaque ferme possédait son pigeonnier, car c’était une source de nourriture simple, efficace et très productive.
L’élevage du pigeon est d’ailleurs d’une facilité surprenante. On peut les garder en pigeonnier fermé, mais aussi en semi-liberté : ils sortent la journée pour se nourrir et reviennent naturellement au pigeonnier le soir. Tant que les couples sont installés et qu’ils ont leurs nids, ils restent fidèles à leur lieu de vie.
La reproduction est également très régulière. Un couple de pigeons peut faire plusieurs couvées dans l’année, généralement deux œufs à chaque fois. Les parents nourrissent les petits avec ce qu’on appelle le lait de jabot, une substance très riche qu’ils produisent eux-mêmes. Les pigeonneaux grandissent rapidement et deviennent consommables en quelques semaines.
le cauchois
C’est pour cette raison que le pigeon a longtemps été considéré comme une viande paysanne très intéressante.
Et il faut le dire : le pigeon est excellent à manger.
Sa viande est fine, savoureuse et assez différente des volailles classiques. Le pigeonneau, notamment, est très tendre et particulièrement apprécié en gastronomie. On en trouve d’ailleurs régulièrement dans de bons restaurants. Nous avons d'ailleurs vu du pigeon a la carte du restaurant Le Hercule Poirot, et cela rappelle à quel point cette viande mérite d’être redécouverte.
À la ferme, le pigeon présente aussi un autre avantage : rien ne se perd.
La viande bien sûr, mais aussi les fientes. Le fumier de pigeon, appelé colombine, est un engrais très riche ( le plus riche) utilisé depuis longtemps dans les jardins. Une fois séché et réduit en poudre, il peut être utilisé avec parcimonie au pied des arbres fruitiers ou dans le potager.
C’est donc un animal qui demande peu, mais qui rend beaucoup.
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pigeon romain
De plus, la France possède un véritable patrimoine de races anciennes de pigeons, sélectionnées pendant des générations. Certaines sont connues pour leur rusticité, d’autres pour la production de viande.
Parmi elles, on peut citer le Mondain français, un pigeon massif spécialement sélectionné pour la production de viande, ou encore le Carneau, réputé pour sa robustesse et sa reproduction régulière.
Ces races font partie d’un patrimoine agricole souvent oublié aujourd’hui.
Enfin, le pigeon est aussi un animal très simple à cuisiner. Il peut être rôti, mijoté, ou même conservé. Par exemple, il est tout à fait possible de faire des conserves familiales : deux pigeons par bocal, avec des petits pois et des carottes, puis une stérilisation classique. On obtient ainsi un plat prêt à manger, très savoureux et qui se conserve longtemps.
Au fond, le pigeon souffre surtout d’un problème d’image. Les pigeons des villes ont fini par faire oublier les pigeons d’élevage, qui n’ont pourtant rien à voir avec eux.
Redécouvrir le pigeon, c’est aussi redécouvrir une partie du patrimoine rural français : un animal facile à élever, utile au jardin et qui offre une viande d’excellente qualité.
Peut-être qu’il est simplement temps de regarder le pigeon autrement que comme un simple « rat volant ».
Beaucoup de races françaises de pigeons ont été sélectionnées à partir du pigeon biset domestiqué, l’ancêtre de la plupart des pigeons d’élevage actuels. Au fil des siècles, les éleveurs ont sélectionné certains oiseaux pour la taille, la reproduction ou la qualité de leur viande, ce qui a donné les nombreuses races que l’on connaît aujourd’hui.
Le Cauchois, un ancien pigeon des fermes normandes
Le Pigeon cauchois est une très ancienne race originaire du pays de Caux en Normandie. Pendant longtemps, on le trouvait dans de nombreux pigeonniers de fermes et de grandes propriétés. Il était apprécié pour la finesse de sa chair et sa bonne rusticité.
Cette race existe depuis plusieurs siècles : elle est même mentionnée au XVIIᵉ siècle dans les écrits de Boileau.
Autrefois très répandu, le Cauchois a aujourd’hui des effectifs beaucoup plus modestes et fait partie des races suivies par des conservatoires régionaux pour éviter sa disparition.
Le Mondain français – un géant de la production de viande
Le Mondain français est l’une des grandes races françaises sélectionnées pour la viande. C’est un pigeon très massif, au corps large et rond, qui peut atteindre un poids important pour un pigeon.
Il était très apprécié dans les élevages traditionnels car il produit des pigeonneaux bien charnus, idéaux pour la cuisine. Aujourd’hui, même si la race existe toujours chez les amateurs et dans certaines fermes, elle reste beaucoup moins présente qu’autrefois dans les élevages ruraux.
Le pigeon romain, le géant des pigeons de chair
un pigeon romain et un "normal" côte à côte
Le Pigeon romain est l’une des plus anciennes races de pigeons de chair. On le trouve déjà mentionné dans des textes très anciens et il descendrait de gros pigeons élevés dans l’Antiquité autour de la Méditerranée.
C’est tout simplement le plus gros des pigeons parmi les races françaises , ils peuvent peszr jusqu'a 1kg300 et avoir une envergure qui peut dépasser 1 mètre
Historiquement, il était élevé pour produire des pigeonneaux bien charnus. Sa taille impressionnante a d’ailleurs servi à améliorer d’autres races de pigeons de chair.
Petit détail intéressant : malgré sa taille, son élevage demande un peu d’attention, car les adultes peuvent parfois casser leurs œufs en couvant à cause de leur poids. Certains éleveurs utilisent donc d’autres pigeons pour couver les œufs.
Le Mulhousien — un pigeon utilitaire presque disparu
Le Mulhousien est une race originaire d’Alsace développée à la fin du XIXᵉ siècle autour de Mulhouse.
Il a été créé comme pigeon d’utilité, c’est-à-dire pour produire de la viande dans les pigeonniers de ferme. La race est réputée pour sa bonne reproduction et sa capacité à élever efficacement ses pigeonneaux.
Après les deux guerres mondiales, les effectifs ont fortement diminué et la race a dû être sauvegardée par quelques éleveurs.
Le Carneau, un grand classique des pigeons de chair français
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Le Carneau est l’une des races françaises les plus anciennes destinées à la production de viande. Il est originaire du Nord de la France et de la Belgique, où il était autrefois très présent dans les pigeonniers de fermes.
Le Carneau est un pigeon assez massif, au corps large et à la poitrine bien développée. Son poids tourne généralement autour de 600 à 700 grammes, ce qui en fait un bon pigeon d’utilité pour produire des pigeonneaux destinés à la consommation.
Cette race est particulièrement appréciée pour plusieurs raisons :bonne fertilité, reproduction régiliere, bon instinct maternel et paternel, chair savoureuse.
Le Carneau a aussi joué un rôle important dans l’histoire de la colombiculture : il a été utilisé dans la création ou l’amélioration de plusieurs autres races de pigeons de chair.
Contrairement à certaines races anciennes aujourd’hui très rares, le Carneau reste encore relativement bien représenté chez les éleveurs, même si on le rencontre beaucoup moins dans les fermes qu’autrefois.
Cela reste malgré tout une race emblématique de l’élevage traditionnel du pigeon en France.
La Société Nationale de Colombiculture met régulièrement certaines races françaises à l’honneur lors de concours nationaux pour encourager leur élevage et éviter leur disparition.
Cela montre bien que certaines de ces races anciennes reposent aujourd’hui sur un petit nombre d’éleveurs passionnés.
pigeon au petit pois carotte rapide

