Cet article est long. Volontairement long. Parce que le sujet est important, et qu’on ne peut pas le traiter sérieusement en trois slogans.
Dans notre entourage proche, on a vu des choses très concrètes. Des gens qui prennent des chiots gratuits, puis qui, une fois adultes, quand le chien fait 25 kg, disent : « Il est trop gros », « Il mange trop », « J’en ai peur ». Et hop, SPA.
Un croisé husky/malamute, c’est très mignon chiot. Mais ce n’est pas un chien qui se contente d’un quart d’heure de balade en laisse par jour. À six mois, quand les besoins explosent, direction le refuge.
On a aussi récupéré un chat laissé sur place par les anciens propriétaires de la maison que mon frère venait d’acheter. Motif : « Mes chats ne s’entendent pas avec lui ». Un vieux chat, calme, qui passe ses journées à dormir dans la maison. Abandonné comme un meuble.
Et puis il y a ces deux chiens d’environ 25 kg qui devaient finir en refuge. Dont un de 10 ans!. La raison ? « Non mais ça me rappelle trop de souvenirs de notre couple », (son ex femme). Résultat : ils sont chez nous. On s’en occupe. Et quand la vieillesse arrive, ça demande des soins, du temps, de l’argent. Est-ce qu’elle prend des nouvelles ? Non.
Est-ce que c’est elle qui a repris ensuite un husky croisé malamute, après nous avoir laissé deux chiens âgés ? Oui.
un ami depité de l'etat des chiots de son voisin croise malinois/berger hollandais pour un paretn et l'autre patou/boxer... on lui deconseille, il travaille, le chien va etre gros avec un temperemment issu de ces races... rien a faire, il le prend plus par pitie qu'autre chose.....
des ex amis qui nous disent preferer prendre en spa plutot que d'acheter, pour ne pas nourrir le systeme des eleveurs..... mais qui nourrissent un sysyteme bien plus cruels dont l'issue est la spa ou l'euthansie....
Voilà la réalité. Celle qu’on ne voit pas dans les slogans, ni dans les publications culpabilisantes. Et c’est exactement de ça dont je parle ici, en long, en large et en travers:
prends un café ca va être long et a raison.
On entend toujours les mêmes phrases tourner en boucle dès qu’on parle d’abandon animal.
« N’achetez pas, adoptez. »
« Les refuges sont pleins à cause des élevages. »
« Sans élevage, il n’y aurait pas d’animaux en refuge. »
Ce sont des slogans. Ça sonne bien, ça rassure, mais ça ne résiste pas longtemps aux chiffres. Parce que dès qu’on prend la peine de lire les études officielles jusqu’au bout, le tableau change complètement.
Les données issues du fichier national I-CAD, des travaux du CNR BEA, de l’OCAD, et de la grande étude nationale menée par la SPA avec la Fondation Affinity disent toutes la même chose : le cœur du problème n’est pas l’existence des élevages professionnels. Le vrai sujet, ce sont les abandons par des particuliers, et la reproduction non encadrée faite par des particuliers.
En 2020, selon l’I-CAD, plus de 1,8 million de chiens et de chats ont été identifiés en France sur une seule année. Parmi eux, plus de 81 % ne sont pas des animaux de race, et seulement environ 16 % sont inscrits au LOF ou au LOOF.
Autre chiffre intéressant : l’origine de ces identifications. Près de 66 % sont faites à l’initiative de particuliers. Les éleveurs professionnels, eux, représentent environ 16,6 %. Le reste concerne d’autres acteurs comme les refuges, les fourrières ou des situations administratives spécifiques. Autrement dit, la grande majorité des animaux mis dans le circuit viennent directement des particuliers.
Quand on regarde maintenant les abandons, le constat est encore plus clair. Le croisement des données I-CAD, CNR BEA, refuges et fourrières montre que moins de 3 % des animaux abandonnés proviennent de la filière professionnelle, autour de 2 à 2,5 % selon les années et les méthodes de calcul. Donc oui, plus de 97 % des abandons ne viennent pas des élevages professionnels.
Il y a aussi un point important qui mérite d’être corrigé, parce qu’il entretient énormément de confusion : la notion de « chien de race ». Dans certaines études, cette catégorie est évaluée uniquement sur l’apparence de l’animal. Et là, on a un vrai problème de définition.
En France, un chien de race, ce n’est pas une question de look. C’est un chien inscrit au LOF, identifié par une puce ou un tatouage, et retrouvable dans les bases de données de la Société Centrale Canine via son numéro de transpondeur. Même sans avoir le certificat de naissance ou le pedigree sous les yeux, il est possible, grâce au numéro de puce et à la fiche chien sur le site de la SCC, de savoir si un animal est inscrit au LOF ou non.
Avant confirmation, le chien dispose d’un certificat de naissance (document bleu). Après confirmation, ce document devient un pedigree officiel (document jaune). L’affixe de l’élevage y est clairement mentionné et figure généralement aussi sur le carnet de santé ou le passeport.
L’apparence seule ne permet donc absolument pas de dire si un chien est juridiquement « de race ». Un chien peut ressembler fortement à une race et être un croisé. À l’inverse, un chien LOF peut ne pas correspondre à l’image que certains se font de la race.
Quand des statistiques parlent de « chiens de race selon l’apparence », elles ne parlent pas de chiens inscrits au LOF. Cette confusion fausse le débat, en gonflant artificiellement la présence supposée de chiens de race en refuge et en faisant porter la responsabilité des abandons sur les élevages, alors que les chiffres montrent exactement l’inverse.
Un autre sujet est rarement abordé franchement : acheter un animal à un particulier ou à quelqu’un d’autre qu’un éleveur sérieux et encadré, c’est très souvent alimenter le système qui remplit les refuges. Portées dites « accidentelles », portées faites pour l’argent, absence de sélection, pas de suivi, aucune responsabilité sur le devenir des animaux… tout cela participe directement à la saturation des structures d’accueil.
Et prendre un animal sans le faire stériliser, c’est aussi accepter le risque réel de contribuer un jour à ces statistiques, volontairement ou non.
Ce fonctionnement repose souvent sur ce qu’on pourrait appeler un syndrome du sauveur. On le voit très bien avec les poules dites « de réforme ». Acheter une poule issue d’une batterie industrielle n’est pas un sauvetage. C’est donner de l’argent à un système qui ne respecte pas les animaux, lui permettre de vider ses cages sans payer l’abattage, et lui offrir immédiatement la place et le budget pour remettre de jeunes poulettes à la place.
Ce mécanisme est exactement le même pour les chiens, les chats et certains circuits parallèles d’acquisition.
Les chiffres montrent d’ailleurs qu’environ 110 000 à 120 000 chiens et chats arrivent chaque année dans les refuges et associations en France, et que des dizaines de milliers de prises en charge supplémentaires sont refusées faute de place. Sans les reproductions de particuliers, sans les achats impulsifs, sans la non-stérilisation et sans les abandons, les refuges seraient quasiment vides. Pendant ce temps, de nombreux éleveurs sérieux, passionnés et responsables réduisent ou arrêtent leur activité, pendant que les marchands de chiens, les importateurs douteux et les particuliers producteurs de portées continuent à remplir.
Un animal abandonné n’est jamais abandonné par une « filière ». Il est abandonné par une personne. Qu’il vienne d’un élevage, d’un refuge, d’un don entre particuliers ou d’une portée maison, l’abandon reste un acte humain individuel, souvent lié à un manque d’anticipation, de responsabilité ou de compréhension de l’engagement que représente un animal.
Les raisons invoquées sont diverses — problèmes familiaux, séparation, maladie, invalidité, déménagement — et les études soulignent d’ailleurs que ces motifs peuvent parfois relever davantage de justifications que d’impossibilités réelles. Accuser les éleveurs professionnels n’a jamais vidé un refuge. En revanche, l’identification obligatoire, la stérilisation, l’encadrement des reproductions et la responsabilisation des particuliers sont des leviers concrets, mesurables, et déjà validés par les chiffres.
Sources : étude nationale SPA / Fondation Affinity sur l’abandon et l’adoption, données I-CAD, travaux du CNR BEA et de l’OCAD, publications professionnelles SNPC et SCC.
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